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Monnaie Virtuelle : cela peut-il fonctionner en Entreprise ?

15 Mai 2009 , Rédigé par Tecoman Publié dans #Mgt - Grands principes

Interpellé par la lecture d'une réflexion de B. Duperrin sur le sujet des monnaies virtuelles, et de leur possible utilisation en entreprise, cela m'a fait un peu réfléchir.

De quoi parle t-on : de monnaies d'échange créées de toutes pièces, virtuelles car ne reposant sur rien de physique, et dont certains font actuellement le buzz comme le Twollar (la monnaie virtuelle de Twitter) ou la monnaie interne de Facebook, voire indexées sur une monnaie réelle tel le Linden Dollar de Second Life.


B Duperrin nous propose deux vidéos d'un sociologue, Jean-François Noubel (filmé par Christophe Ducamp et Marc Tirel), qui nous explique sa vision du sujet, et qui nous donne surtout quelques clés de décodage sur le sujet.





Voici ce que j'ai retenu de ces vidéos :
- La richesse répond à la définition de chacun. Ce qui est important (avoir des enfants, des amis, de l'argent,...) est propre à chaque individu.

- Il y a une richesse mesurable (santé, compte en banque, ...), qu'elle soit objective ou non (par exemple, la note attribuée à un film)

- Il y a aussi la richesse échangeable (comme l'argent, la santé n'est pas échangeable).

- Dans les organisations, seule la richesse échangeable et monétisable fait l'objet de communication et de valorisation. Une expérience intéressante vécue par un petit groupe ne peut que rester dans ce groupe.

- Dans le nouveau concept, la monnaie n'est pas créée par une entité extérieure (ex : une banque), mais en donnant une certaine quantité de cette monnaie à quelqu'un d'autre. Si je n'ai rien, l'acte de donner créé la monnaie correspondante, éventuellement dans certaines limites (à définir).

 

La "monnaie" ne fait donc pas référence exclusivement à de l'argent échangeable, mais à toutes sortes de concepts complémentaires, comme nous allons le voir.


Cela a t-il un sens ?

Si nous ne sommes pas tous identiques concernant ce qui peut nous motiver, on peut noter cette motivation est cependant souvent liée aux échanges avec les autres et à ce qui en résulte :


- Nous sommes motivés lorsque nous gagnons quelque chose, même de virtuel (ex : de l'argent au Monopoly), à la fois par le fait même de gagner, mais aussi pour la reconnaissance des autres ou de soi-même que cela peut impliquer. La monnaie est ici virtuelle mais échangeable


- Nous pouvons aussi être remerciés par des votes, par exemple si une proposition est favorablement évaluée par une communauté (je fais ici référence au système de votes ou de commentaires que l'on trouve dans des systèmes 2.0 tel BlueKiwi par exemple). Dans le même ordre d'idée, les votes du public peuvent représenter une monnaie mesurable et subjective, comme par exemple lorsque le public de la "Nouvelle Star" décide quel candidat doit rester ou partir de l'émission.


Si ces monnaies peuvent rester "confidentielles", d'autres servent manifestement à établir une "réputation", à se positionner vis-à-vis des autres, en particulier lorsque les relations sont électroniques et qu'une certaine confiance est nécessaire. Ainsi :


- Le "blog rank", défini en fonction du niveau de fréquentation d'un blog, lié à la fréquence de ses mises à jour et aux nombre de ses visiteurs, constitue une reconnaissance implicite de la part des lecteurs tout participant à instaurer une confiance dans les documents publiés. La "monnaie" est mesurable, objective, mais non échangeable. Mais peut-être est-ce ici plus une "monnaie" par extention, car elle n'est pas délivrée directement par les internautes mais par le système.


- Sur ebay, les vendeurs et les acheteurs ont besoin de démontrer une bonne réputation. Cette réputation est établie par toute une série d'informations. Certaines sont construites par l'individu lui-même (le nombre de ventes par exemple), d'autre sont établies par les personnes qui ont été en contact avec lui. Il s'agit donc de monnaies mesurables, souvent subjectives, telles le pourcentage de feedbacks positifs, et diverses notes liées au respect des engagements, à la qualité de la communication, le délai de livraison ou la qualité du transport :


- Sur les forums ou dans certains jeux vidéo, la réputation est établie par le "statut", liée à l'expérience acquise ou au nombre de contributions (ce qui revient finalement au même). L'exemple suivant, issu du forum d'Allocine.fr, révèle le statut du contributeur, son ancienneté, et le nombre de contributions postées. Manifestement, nous avons ici affaire un un certain niveau de passionné. Si l'utilisateur semble ici contribuer à créer sa propre monnaie mesurable et non échangeable, le site web y ajoute la sienne nous forme de compteur d'ancienneté.



- Dans le domaine des sites éminemment relationnels, les sites de rencontre ne peuvent pas être omis. Si les "monnaies" virtuelles échangées sont souvent discutables (comme un nombre de "sourires" reçus), d'autres se traduisent sous forme de notation à la Allocine.



En synthèse

Ce qui me semble ici frappant, c'est que la notion de "monnaie virtuelle" existe finalement depuis longtemps, sans en porter le nom, et que nous sommes très nombreux à l'utiliser, parfois sans en avoir réellement conscience.


Si l'on résume, les monnaies virtuelles servent :

- à remercier,

- à établir une réputation,

- à donner confiance,

- à traduire sous une forme explicite et compréhensible ce qui est souvent compliqué à transmettre (comme la qualité d'une relation par exemple)



Y a t-il un usage en Entreprise ?

Si l'usage des monnaies virtuelles semble répandu et très naturel en dehors de l'Entreprise, pourquoi sont-elles si peu courantes dans les Organisations ? Je forme plusieurs hypothèses :

- L'Entreprise a t-elle ici aussi des années de retard sur l'expérience du grand public ? Possible, mais cette réponse semble trop simpliste.

- Le monde professionnel est-il trop "critique" pour la survie de chacun pour que l'on y introduise ce type de notion ? Possible aussi, mais guère satisfaisant.

- Les réseaux sociaux électroniques ne sont pas encore assez développés dans les organisations ? Cela pourrait bien être une piste...


Peut-être personne n'a t-il encore réellement osé introduire ce genre d'innovation, mais peut-être est-ce inéluctable ? Avec une entreprise de plus en plus étendue, où les relations électroniques deviennent de plus en plus fréquentes et parfois même un mode de travail recommandé en raison de crises économiques ou épidémiques qui imposent des économies budgétaires ou des restrictions dans les transports, comment allons nous établir nos futures relations de travail avec des inconnus à l'autre bout du pays ou de la planète ?


Ira t-on jusqu'à évaluer le profil électronique d'un collègue sur des critères comme : 

- sa capacité à respecter des engagements (délais,...)

- le plaisir que l'on a eu à travailler avec

- son expertise

- ... ?


Voudra t-on factualiser ainsi des informations subjectives, non échangeables, mais pourtant reconnues et mesurables ?


Il est possible que cela ait un sens, pour tirer les collaborateurs vers le haut tout en transformant le mode de fonctionnement de l'entreprise, pour passer d'un mode Command & Control vertical à un mode d'auto-coordination et d'auto-contrôle mutuel transverse. Cependant, ceci n'est pas sans risque social, en fonction de la manière dont ce mécanisme fonctionnerait.


Quelles en serait les règles ?

La dynamique me semble complexe, et je ne peux que m'aventurer à quelques suggestions :
- Une (ou plusieurs) monnaie virtuelle ne doit pas être vue par les collaborateurs comme un outil de gestion des RH, mais comme un indicateur interne, transverse.
- Les collaborateurs ne sont pas obligés d'accèpter le mécanisme d'échange "monétaire" mutuel. Il s'agira donc d'une option désactivable par chacun. Au moins dans un premier temps, afin d'atteindre un seuil de maturité
- Tout collaborateur a la possibilité de remettre son profil à zéro. Ceci pour purger un mauvais départ. Mais une telle purge fait disparaître les mauvaises ET les bonnes évaluations.
- Il est nécessaire de mettre en place des mécanismes d'auto-contrôle, comme dans la logique d'eBay, afin d'éviter que certains collaborateurs ne dépassent certaines limites comportementales dans leurs notations. Une traçabilité de qui a noté qui comment semble nécessaire, chacun pouvant noter l'autre librement. Tout abus se traduit donc par une rétorsion instantanée.
- Diverses "monnaies" peuvent être créées, objectives ou subjectives, échangeables ou non. Si l'on peut s'interroger sur l'utilité d'une monnaie échangeable entre collaborateurs, on peut aussi imaginer une monnaie valorisable entre le collaborateur et l'entreprise : Ainsi, quelqu'un qui réalise un projet ou une action en dehors de son activité "normale", pourrait se voir gratifier d'un montant de monnaie virtuelle accrédité par la communauté pour cette action. Cette monnaie échangeable pourrait alors être transformée en monnaie réelle (€) selon des paliers, afin d'accentuer son caractère motivant. Il s'agirait alors d'une manière d'encourager, sans obligation, certains comportements ou l'engagement des collaborateurs, qu'il s'agisse d'innovation ou de services rendus.

Une monnaie échangeable permettrait de factualiser virtuellement la valeur générée, pour l'entreprise, par une action ou un projet. 

 

Qu'en pensez-vous ?


Par Fabrice Poiraud-Lambert


Lire aussi :

- http://connecteur.blogspirit.com/archive/2009/03/30/monnaies-libres-quelques-temoignages-et-videos.html

- http://www.adverbe.com/2009/02/27/le-twollar-nouvelle-monnaie-virtuelle/

- http://connecteur.blogspirit.com/archive/2009/02/20/le-twollar-vous-connaissez.html

- http://www.nicolas-bermond.com/e-reputation/monnaie-virtuelle-open-moneykill-apps-de-le-reputation-445

- http://venturebeat.com/2009/04/03/facebook-wants-you-to-give-credit-where-credit-is-due/

- http://www.core77.com/blog/technology/rca_the_future_of_money_10007.asp

- http://www.slideshare.net/jfnoubel/introduction-lintelligence-collective-pour-les-entreprises-presentation



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