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Socio-Performance : un outil d'aide à la mise en place de réseaux sociaux d'entreprise

27 Octobre 2008 , Rédigé par Tecoman Publié dans #Réseaux sociaux

J'ai été invité récemment, par l'Institut Cohérence (fondée par le chercheur Roger Nifle) et l'Université de Prospective Humaine, à une journée de conférence-débat dédiée à la présentation d'un nouveau concept de Roger Nifle : la Socio-Performance.

Comme le dit lui-même son concepteur, le terme est nouveau, mais il recouvre un ensemble de principes qui existaient déjà. Reste que le concept est  intéressant, en particulier pour ce qui m'intéresse ici (mais aussi pour pas mal d'autres cas), pour faciliter l'accompagnement de la mise en place de communautés via les réseaux sociaux d'entreprise.

En effet, si l'on trouve facilement sur Internet des explications sur les avantages de l'Entreprise 2.0 et des outils et solutions associées, les modalités de mise en œuvre restent plus évasives :

- elles sont souvent complexes,
- spécifiques à chaque organisation en fonction de sa maturité et de sa culture interne,
- et relèvent du savoir faire et de l'expertise (payante) des consultants qui traitent du sujet, ce qui est de bonne guerre.


Un peu de théorie : La Socio-Performance, c'est quoi ?

Je vais essayer ici de faire une synthèse de ce que j'ai retenu de ce principe issue de la recherche fondamentale en sociologie et en humanisme. Son inventeur me pardonnera (voire me corrigera) j'espère pour les approximations que je pourrais être amené à faire.

Selon Roger Nifle :

Les communautés humaines sont nécessairement des communautés de Sens (avec un S majuscule pour désigner LE sens des choses, des actions que l'on mène, etc...). Ceci implique que si l'on essaye de regrouper des humains qui ne partagent pas la même vision du Sens de ce qu'ils font, ils ne constitueront jamais une Communauté, seulement un groupe (avec tout ce que cela implique en dysfonctionnements).

- Le consensus est la source d'énergie des activités humaines : par exemple, dans un contexte de fusion-acquisition, si le Sens et les consensus ne sont pas les mêmes chez les deux parties, le processus de fusion sera beaucoup plus long et douloureux. Cela à l'air d'être du bon sens, mais combien d'organisations se sont-elles lancées dans une fusion sans prêter beaucoup d'attention à ce sujet ?

- La Raison n'est rien sans Sens : l'idée est ici de dire qu'il ne sert à rien de mettre en place des processus très rationnels, s'ils ne sont pas portés par un Sens : ils en deviennent inutiles et potentiellement contre-productifs. On pourrait extrapoler en disant que mettre en place un projet très bien structuré et organisé sans se poser la question de son Sens (ce que j'aime à appeler Vision) peut entraîner des coûts inutiles et de l'inefficacité. Le Sens crée un lien entre le court terme, le moyen terme et le long terme.

- L'absence de Sens est souvent remplacée par une surcharge de représentations : Lois, Discours, Normes, Modèles,....

- Si tout le monde partage le même Sens, alors la poursuite des intérêts individuels conduit au bien commun. Par exemple, si tout le monde partage l'absolue nécessité de sauvegarder l'environnement pour éviter une catastrophe écologique qui remettrait sa propre survie en cause, alors tout le monde, en agissant pour soi agit pour le bien commun.

=> Une communauté sera donc dite Socio-performante lorsqu'elle ira dans le sens du bien commun.

- La Valeur est une indication du Sens du bien commun, sachant que le Sens du bien commun peut être décrit par un ensemble de Valeurs. Roger Nifle ajoute ici qu'il existe diverses définition de la Valeur, et que toutes ne sont pas cohérentes avec celle qu'il utilise ici.

- La Valeur a trois dimensions :

- Subjective : tout ce qui traite des motivations. On parlera alors Des Valeurs, par exemple Les Valeurs de l'organisation)
- Projective : ce qui se traduit par... On parlera donc d'Echelle de Valeurs
- Objective : mesure par rapport à l'Objectif. On parlera ici de LA Valeur.



- Si le « bien commun » peut se discuter et se négocier, le « Sens du bien commun » pré-existe et ne se négocie pas.


L'implication de ce concept pour la mise en place de réseaux sociaux en entreprise

Dans tout ce que contient le concept d'Entreprise 2.0, j'ai choisi de ne mentionner  ici que les réseaux sociaux d'entreprise, car il me semble qu'ils sont victimes de freins et de préjugés plus lourds à contourner que le reste, et surtout qu'ils nécessitent la mise en œuvre de dynamiques humaines plus complexes.

Parmi toutes les opportunités offertes par les réseaux sociaux, ils peuvent permettre de structurer factuellement des communautés et des ensembles de valeurs inconnus de l'entreprise. Certains s'étonneront peut-être que je puisse suggérer que l'Entreprise puisse avoir besoin de solution de ce type pour identifier ses Valeurs, pourtant, il n'est pas rare (et c'est d'ailleurs autant surprenant que choquant) de voir des organisations afficher des Valeurs totalement artificielles (voire, pire, qui n'en sont pas...), dans lesquelles aucun collaborateur (ni communauté) ne se retrouve.

Discuter des impacts de ce type de situation sur la performance de l'entreprise n'est pas ici le sujet et mériterait un billet à part, mais nous pouvons cependant en dire quelques mots : L'Entreprise a ses Valeurs (identifiées ou pas). Paradoxalement, les collaborateurs sont parfois évalués individuellement par rapport à un système de valeurs différent de celui de l'entreprise, et différent de celui de sa communauté (probablement encore plus ignoré que celui de l'Entreprise). Pour assurer l'alignement des collaborateurs et la performance de l'organisation, le système de valeur de l'Entreprise doit donc être consciemment décliné sur les communautés qui composent l'entreprise, puis sur les collaborateurs. Ignorer les valeurs des uns ou des autres ne peut être que néfaste.

Il est donc crucial de toujours identifier la communauté de référence impactée par l'action que l'on mène, afin d'identifier le Sens du bien commun de cette communauté, ce qui permet de préciser l'ensemble des Valeurs à prendre en compte, pour ne pas les heurter (ce qui se traduirait au mieux pas un désintérêt, au pire par un conflit ou un refus). Ceci signifie que la mise en place d'un projet, quel qu'il soit, nécessite d'identifier la communauté principale à laquelle il s'adresse (ce qui peut ne pas toujours être simple).

Comme le dit Roger Nifle, on peut « dissoudre » les problèmes, les oppositions, simplement en identifiant le Sens du bien commun et les Valeurs des communautés auxquelles ont s'adresse. Si une communauté adhère à un projet qui va dans son Sens et qui respect ses Valeurs, les opposants individuels, si puissants soient-ils, ne pourront que s'incliner.

Au passage, la tendance à la décentralisation et au télétravail va nécessiter, plus que jamais, de donner du Sens aux actions de l'organisation, à celles des communautés, et donc à celles des collaborateurs distants.

Et Roger Nifle de reprendre l'allégorie des trois tailleurs de pierre à qui l'on demande ce qu'ils font :

- « Je taille des pierres » dit le premier
- « Je construis un mur » dit le deuxième
- « Je fabrique une cathédrale » dit le troisième

Tout est affaire de Sens et de Vision.


Par Fabrice Poiraud-Lambert


Lire aussi :

- Réseaux sociaux d'entreprise : pourquoi (pas) et comment
- Roger Nifle :
« La socio-performance  - Principes et méthodes »

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Roger Nifle 31/10/2008 14:31

Bonjour

Je suis impressionné par votre compte rendu de la journée du 25 octobre sur la socio-performance.
Il est d'une précision rare témoignant d'une profondeur de compréhension bien peu fréquente.
J'ai aussi parcouru votre thèse qui donne une vision intéressante de l'actualité de e-collaboration qui a un lien avec la socio-performance encore bien peu maîtrisé.

Comme vous m'y invitez je me permet d'apporter quelques précisions complémentaires. L'Institut Cohérences a en effet développé depuis de nombreuses années des applications de l'humanisme méthodologique ( http://journal.coherences.com ) notamment en matière de management communautaire mais aussi d'espaces virtuels d'activités un concept qui se traduit actuellement par trois exemples aboutis : le Wanager pour le management des équipes à distances, le « Livre de gouvernance » pour la conduite de grands projets participatifs, les « cartes du management » pour le perfectionnement des managers d'équipes. Ce sont des volets de la socio-performance et des pratiques associées.

Quelques indications sur la notion de valeurs.

Dans une communauté d'enjeux , de Sens donc, LES VALEURS sont des indicateurs du Sens du bien commun. Ces indicateurs sont relatifs aux langages, références et cultures des différentes parties prenantes de la communauté. Les valeurs permettent d'établir les échelles de valeurs indispensables pour définir et mesure LA VALEUR de ce que l'on veut.

Toute évaluation doit dont s'appuyer sur des référentiels de valeurs, et des échelles de valeurs associées. En outre la pratique de l'évaluation devient alors, à cette condition (pratique de socio-performance), un moyen de développer une compétence de maîtrise des situations.

Les réseaux sociaux préparent à la constitution de communautés d'enjeux et de Sens, (ou de projets) et ces questions sont primordiales pour passer du réseau à la communauté d'action.

Il est intéressant de voir comment le réseau, plateforme relationnelle, peut muter en espace virtuel d'activité communautaire dédié. C'est un autre chapitre de socio-performance