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La collaboration électronique pour lutter contre la bombe climatique

14 Octobre 2008 , Rédigé par Fabrice Poiraud-Lambert Publié dans #Vision & Prospective

Nous sommes en pleine crise financière de première grandeur, qui amène les états à sortir presque magiquement près de 2400 milliards de dollars en quelques semaines (chapeau, au passage !). On finirait presque par croire qu'ils en disposent vraiment, et qu'ils ne sont pas souvent déjà massivement endettés.

Et pourtant, si cette crise laissera peut-être des traces profondes dans le tissus économique et surtout dans la vie d'un certains nombre de gens, on peut imaginer que, passés quelques mois voire au pire quelques années, il n'en restera pas grand chose. Les entreprises se seront mangées les unes les autres, avec l'aide des états et des deniers des contribuables, et le malheur des unes aura fait le bonheur des autres, qui en auront profité pour prendre le leadership sur certains marchés, dans des conditions particulièrement avantageuses et imprévues !

Bref, c'est un mauvais moment à passer, mais ça passera.

Et pendant que la finance panique les investisseurs, on peut lire ça :

Climat : la bombe a retardement du methane est enclenchee,
The Independent, 23/09/08 - Steve Connor
 
Les scientifiques ont decouvert la preuve que les fonds marins de l’Arctique commencent a liberer dans l’atmosphere des millions de tonnes de methane. Les chercheurs ont pu observer le bouillonnement provoque par le gaz a la surface de la mer.
The Independent a pris connaissance d’une partie des premiers resultats obtenus, qui suggerent que le gaz methane contenu dans d’enormes gisements sous-marins en Arctique s’echappe vers la surface en raison du rechauffement et de la disparition des glaces.
Le comportement de ces reserves souterraines de methane revet une importance majeure car les scientifiques pensent que leur liberation subite dans l’atmosphere a provoque par le passe une augmentation rapide de la temperature terrestre, entrainant des bouleversements du climat et meme une extinction massive d’especes. Les scientifiques embarques a bord d’un bateau scientifique qui a navigue sur toutes les cotes nord de la Russie ont decouvert des concentrations intenses de methane - allant parfois jusqu’a 100 fois les niveaux habituels - sur plusieurs zones, couvrant des milliers de kilometres carres sur le plateau continental siberien.
Durant ces derniers jours, les chercheurs ont observe des zones ou la mer bouillonnait sous l’effet des bulles de gaz remontant des « cheminees de methane » emergeant dans les fonds marins. Ils estiment que la couche de pergelisol sous-marin qui agissait comme un « couvercle », empechant le gaz d’etre libere, a fondu par endroits et permet au methane de s’echapper des depots qui s’etaient formes avant le dernier age glaciaire.
Les chercheurs mettent garde sur le fait que ce phenomene pourrait etre lie au rechauffement rapide qu’a connu la region au cours des dernieres annees.
Le methane est un gaz dont l’effet de serre est environ 20 fois plus puissant que le dioxyde de carbone et de nombreux scientifiques craignent que sa liberation pourrait accelerer le rechauffement de la planete par le biais d’un gigantesque processus de retroaction dans lequel le methane repandu dans l’atmosphere provoquerait une elevation des temperatures, ce qui aggraverait la fonte du pergelisol et libererait encore plus de gaz.
On estime que la quantite de methane piegee sous l’Arctique est superieure a la quantite totale de carbone contenue dans des reserves mondiales de charbon. Il est donc de toute premiere importance que ces reservoirs restent stables au moment ou cette region se rechauffe a un rythme plus rapide que d’autres parties de la terre.
Orjan Gustafsson, l’un des responsables de l’expedition, decrit l’ampleur des emissions de methane observees dans un email envoye depuis le navire scientifique russe Smirnitskyi Jacob.
« Nous avons travaille fievreusement pour terminer le programme de prelevement d’echantillons hier et la nuit derniere », ecrit le Dr Gustafsson. « Une vaste zone d’intense liberation de methane a ete decouverte. Sur les precedents sites nous avions observe de fortes concentrations de methane dissous. Hier, pour la premiere fois, nous avons observe une zone ou la liberation est si intense que le methane n’a pas eu le temps de se dissoudre dans l’eau de mer, mais arrive sous forme de bulles de methane a la surface. Ces « cheminees de methane » ont ete observees sur echosondeur et avec les [instruments] sismiques. »
Ces anomalies ont ete constatees dans la mer de Siberie orientale et la mer de Laptev. Elles portent sur plusieurs dizaines de milliers de kilometres carres, et totalisent des millions de tonnes de methane, a declare le Dr Gustafsson. « Cela pourrait etre du meme ordre de grandeur que ce que l’on estime actuellement pour l’ensemble des oceans. » indique-t-il. « Personne ne sait combien d’autres zones existent sur le grand plateau continental de la Siberie orientale.
Les resultats preliminaires de l’etude du plateau siberien 2008, en cours de preparation pour publication par l’American Geophysical Union, sont supervises par Igor Semiletov du departement de l’Extreme-Orient de l’Academie Russe des Sciences. Depuis 1994, il a dirige environ 10 expeditions dans la mer de Laptev. Durant les annees 1990, il n’avait pas detecte de niveaux eleves de methane, mais depuis 2003, il a fait etat d’une augmentation du nombre de « points chauds » de methane, qui sont desormais confirmes par les instruments plus sensibles qui sont presents a bord du Jacob Smirnitskyi.
Le Dr Semiletov suggere plusieurs raisons pouvant expliquer pourquoi le methane d’Arctique s’echappe desormais, dont l’augmentation du volume des eaux relativement plus chaudes qui sont rejetees des cours d’eau Siberiens en raison de la fonte du pergelisol terrestre.
La region de l’Arctique dans son ensemble a connu une hausse des temperatures moyennes de 4 degres centigrades au cours des dernieres decennies, avec un declin spectaculaire de l’etendue recouverte par la banquise durant l’ete. De nombreux scientifiques craignent que la disparition de la banquise ne puisse accelerer la tendance au rechauffement climatique car l’ocean absorbe plus la chaleur du soleil que ne le fait la surface reflechissante de la glace.

Les grandes "résolutions" des états pour réduire les gaz à effet de serre de 50% d'ici 2050 (ceux qui prennent ces décisions seront probablement morts d'ici là...) semblent dérisoires par rapport à ce qu'il va nous arriver d'ici beaucoup moins longtemps (2015 à 2025, maximum) si nous ne faisons rien TOUT DE SUITE. Mais je ne me fais aucune illusion, nous sommes ainsi faits qu'il nous faudra avoir la tête dans le mur pour prendre des mesures réellement efficaces et radicales (mais cette fois trop tardives). Si les deux dernières années ont vu une augmentation de prise de conscience environnementale assez sensible, le citoyen moyen a encore beaucoup de mal à comprendre ce que seront les effets sur sa vie (ou sur celle de ses enfants) d'une augmentation moyenne de 1, 2 ou 4 petits degrés (en moyenne !) sur le globe, sans parler du ralentissement rapide des courants marins profonds, de la disparition effrennées des espèces, etc etc. Et quand le citoyen comprend, ce sont les politiques ou les industriels, qui n'osent pas (encore) prendre des mesures qui pourraient se révèler anti-populaires.

La crise financière que nous traversons est probablement un minuscule hoquet comparé à l'ampleur de bouleversements climatiques (et donc économiques, sociaux, technologiques, etc...) auxquels nous serons confrontés très pratiquement et très prochainement (10 à 20 ans, au mieux, selon moi). Nous verrons si les états seront prêts à investir autant d'argent pour soutenir les conditions de la vie sur terre que pour soutenir une économie dont le seul modèle, canibale, est basé sur une croissance infinie.

Personnellement, je fais le pari que les technologies collaboratives, poussées aussi loin que possible, seront l'un des leviers (même modeste) pour lutter contre la dégradation du climat (via la réduction des gaz à effet de serre produits par les déplacements, à minima), en espèrant que nous aurons alors encore accès à un réseau global rapide : un climat trop dégradé pourrait en effet empêcher la production d'énergie ou de moyens nécessaires, ou briser les lignes de communication.

Par Fabrice Poiraud-Lambert

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