Lundi 13 octobre 2008
J'ai déjà exprimé ici ce que je pensais de l'une et l'autre des solutions dans le cadre d'un intranet. Je suis tombé sur un article qui fait la synthèse des avantages et des inconvénients comparés des deux :

Social software that power Intranet 2.0

Je cite :
"Some interesting notes regarding the two big solutions, SharePoint and Lotus Connections / Quickr:

 

  • Lotus Connections / Quickr: strong social networking, strong presence and IM tools, excellent integration with Notes and emerging Outlook connectors, and an innovative Blackberry application; “underwhelming blog/wiki” and requires WebSphere Portal for roles and group modules – best for Enterprise Networking; poor for Project Collaboration.
  • Microsoft SharePoint (MOSS 2007): broad range of third-party plug-ins, lightweight portal services including bundled applications and lightweight document and records management services into social applications, search works well in an all-SharePoint environment; almost all native services are weak compared to competitors, near complete absence of social networking, social tagging & Bookmarking, and surprisingly weak integration with Outlook – best for Project Collaboration (e.g. team sites); poor for Enterprise deployments.

In short, Lotus is a better enterprise solution; SharePoint is a better project or team solution."


Promis, je vais tâcher de ne pas répéter une fois de plus que Sharepoint à 5 ans de retard conceptuel... Oupsss... désolé... pas pu m'en empêcher !
par Fabrice Poiraud-Lambert publié dans : Outils
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Dimanche 12 octobre 2008
Dans un article récent, Laurent Assouad proposait un schéma de processus de veille partagée, avec la description de quelques outils. Je vous propose ici un autre modèle, simple et très puissant.



1- Il existe une grande communauté de veilleurs de part le monde, qui partagent leurs trouvailles via des agrégateurs de liens, tels Delicious.  Si ces veilleurs ne font pas partie de votre organisation, ils peuvent néanmoins être utiles à votre veille, en l'alimentant en informations présélectionnées et surtout classifiée (ie taguée).

Par ailleurs, vos veilleurs gèrent eux-mêmes de nombreux flux RSS qui proviennent de sites web, de blogs, de micro-blogs, de recherches automatiques sur des mot-clés spécifiques dans les moteurs de recherche, etc...

2- Un agrégateur de flux RSS, tel Netvibes, iGoogle ou d'autres, vous permettra de concentrer tous les flux "bruts" (non triés) au même endroit, par familles de sujets ou de sources.

3- Le ou les veilleurs sélectionnent les liens intéressants, et les stockent dans un compte Delicious spécifique en les classifiants avec des Tags déterminés. Ils peuvent aussi réaliser des synthèses, publiées en mode web dans l'intranet, et référencer les liens vers ces documents dans Delicious, après les avoir tagués.

4- Un compte Netvibes (ou autre) spécifique permet alors de publier vers les utilisateurs les sélections de documents via des flux RSS par sujet (tag) issus de Delicious.

Ceci décrit cependant ce que pourrait être un processus de veille "officielle" d'entreprise, ou des collaborateurs sont alimentés par une équipe de veille (dédiée ou pas). Nous pourrions aussi imaginer ce que pourrait être un processus collaboratif de veille globale, impliquant tous les collaborateurs. Ce processus serait probablement différent et lié à la taille de l'organisation, ne serait-ce que pour éviter qu'une information ne soit injectée des dizaines ou des centaines de fois par des personnes différentes dans le flux final.

Par Fabrice Poiraud-Lambert

Lire aussi :
- Delicious : l'indispensable compagnon du Veilleur !
- La veille pour assurer la formation continue des collaborateurs

par Fabrice Poiraud-Lambert publié dans : e-Collaboration
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Samedi 11 octobre 2008
La réalité augmentée mature de plus en plus, et apparaissent maintenant jeux interactifs tel LevelHead, qui implique de déplacer un personnage en 3D dans un jeu de cubes manipulés à la main.


Si nous avons encore besoin d'une web cam et d'un écran pour jouer à ce jeu, ce qui est un peu frustrant, nul doute qu'une paire de lunettes spéciale faisant office à la fois de caméra, d'écran et d'ordinateur, rendra l'expérience beaucoup plus intéressante.
par Fabrice Poiraud-Lambert publié dans : Réalité Augmentée
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Vendredi 10 octobre 2008
Dans la série des jeux mixant la réalité augmentée et la réalité (Réalité Mixte), voici donc Carcade, un jeu où il faut piloter un vaisseau spacial à coté d'une voiture en déplacement, en gagnant des points sans se crasher dans les décors réels du bas coté : fallait y penser !



(via le Journal du Geek)
par Fabrice Poiraud-Lambert publié dans : Réalité Augmentée
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Jeudi 9 octobre 2008
Si un certain nombre d'organisations ont tenté l'experience Second Life pour recruter (dont l'agence Expectra, pour qui j'ai eu l'honneur de conçevoir et piloter l'opération pendant 10 mois), voilà qu'un poids lourd du secteur RH se lance dans une expérience de ce type : Monster lance un univers dédié à cela !

du 13 au 22 octobre, un salon virtuel totalement dédié au secteur High Tech s'ouvrira donc à cette adresse : http://www.monster-edays.fr




































































A suivre et à tester.

Par Fabrice Poiraud-Lambert

(Via ItrManager)
par Fabrice Poiraud-Lambert publié dans : Univers virtuels
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Mercredi 8 octobre 2008
Fred Cavazza attire mon attention sur une cartographie intéressante des univers virtuels à Q3 2008.

L'analyse est réalisée par KZERO, une société spécialisée dans l'étude de la dynamique marketing liée aux univers virtuels. Ceci inclus : l'analyse de la population de ces univers, les usages des résidents, et l'étude des stratégies marketing des marques qui s'y implantent.

Voici quelques schémas de synthèse publiés par KZERO (cliquez dessus pour les agrandir) :


















par Fabrice Poiraud-Lambert publié dans : Univers virtuels
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Mardi 7 octobre 2008

Je me demandais, dans un billet récent, si l'entreprise ne serait pas parfois figée dans une sorte d'immobilisme, mais l'entreprise change. Pas parce que les processus ou le business model changent, mais parce que les personnes qui y travaillent changent.

Alors que nous assistons au départ à la retraite massif des baby boomers, la jeune génération (Y) entre à flot pour combler les vides, et se prépare à prendre les commandes après s'être fait les dents en première ligne. Pourtant, en apparence, chaque jour ressemble au jour précédent, et tout le monde se salue poliment en se croisant dans les couloirs.

Mais cette génération impose petit à petit ses codes, ses habitudes, son mode de vie, ses outils, aussi déroutants soient-ils pour leurs ainés.

Selon une étude de la société de service IT Telindus sur une population de 1000 salariés européens :  

- 39% des 18-24 ans envisageraient de quitter leur entreprise s'ils n'étaient pas autorisés à accéder à Facebook et Youtube
- 21% supplémentaires seraient « ennuyés » de ne pas avoir ces accès
- En comparaison, seuls 16% des 25-65 ans envisageraient de démissionner et 13% seraient ennuyés.

Nous arrivons même parfois à des situations cocasses où le marketing d'entreprise cède à la pression culturelle de ses clients en publiant de la vidéo YouTube sur ses sites web business, mais n'ouvre pas pour autant la possibilité à ses collaborateurs d'y accéder eux-mêmes en interne, alors qu'ils sont censés publier ces vidéos sur le web...

Et que dire du Chat ? Alors que les DSI verrouillent les accès à MSN ou Gtalk, les jeunes collaborateurs contournent allègrement les barrières via des solutions full web comme par exemple Meebo, le Chat étant leur principal mode de communication, avec le SMS, loin devant la messagerie, qu'ils laissent à leurs ainés (au grand désarrois de Microsoft !).

Résister à cette révolution, c'est prendre le risque de perdre les Talents dont l'entreprise à besoin pour de régénérer, et gaspiller des fortunes en processus recrutements inutiles : Qu'il s'agisse d'entreprises utilisatrice ou de grandes sociétés de conseil, nombreuses sont les organisations confrontées à ce phénomène qui doivent embaucher 300 collaborateurs pour espérer en retenir 100 ou 150 dans un an, avec la débauche d'énergie et le manque de performance associés.

Pourtant qu'il est dur, pour les managers actuellement en place, de se remettre en question et d'envisager cette nouvelle culture comme une lame de fond que l'on peut retarder mais pas arrêter. Et il ne s'agit pas seulement des outils disponibles, mais du contexte du travail dans son ensemble.

Mais ce n'est pas si simple. Beaucoup de managers sont en plein désarrois devant les comportements des "jeunes", devant leur manière d'appréhender le travail, les horaires, leurs relations avec les autres. Et ils ne sont pas toujours aidés par la DRH, qui constate elle aussi le problème sans trop savoir comment leur venir en aide. Pourtant, peut-être serait-il bénéfique d'envisager quelques actions :

- réaliser une étude des attentes des nouveaux embauchés, et comparer les résultats à ce que l'entreprise offre, et/ou à ce que les sociologues publient déjà ici et là

- commencer, si acceptable, à préparer l'entreprise au tournant qu'elle devra prendre.

- organiser des conférences internes, dédiées au Management, pour l'accompagner sur la compréhension explicite de cette nouvelle génération, et sur les actions spécifiques à mettre en oeuvre.

Vaste sujet... que j'essayerai d'aborder par tranches dans une série de billets à venir.

Par Fabrice Poiraud-Lambert

par Fabrice Poiraud-Lambert publié dans : Culture & Société
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Lundi 6 octobre 2008

A moins d'être particulièrement attentif, on n'entend plus guère parler de Second Life. Pourtant, après la période d'énorme Buzz artificiel du premier semestre 2007, l'univers continue de se développer, avec plus de sérénité, et des grandes marques continuent d'expérimenter ce type d'interface.

Boulanger est l'une des grandes marques à s'être récemment implantées dans SL, après Saint Gobain au début de l'été (entre autres), pour y ouvrir un magasin virtuel au même moment qu'un nouveau magasin réel voyait le jour.
























L'ïle Boulanger a été mise en oeuvre par IBM, mais on s'étonne de l'absence de représentant de la marque. Si Boulanger dit être en train de former des collaborateurs pour y faire de la présence, il me semble dommage de rater la phase de lancement et sa communication média associée en n'assurant pas une présence commerciale, alors même que cette absence de présence humaine a depuis longtemps été identifiée comme une cause d'échec des initiatives commerciales dans SL.

Si l'on peut saluer le courage et l'initiative de la marque, je ne suis pas sûr,
comme le souligne 01net, qu'un univers virtuel soit le plus pertinent pour commercialiser des produits tels ceux de boulanger, car l'expérience utilisateur y est un peu frustrante et lente par rapport à un site web 2D.

Un ami me demandait récemment quel était l'intérêt d'un univers virtuel par rapport aux autres technologies émergentes. Il s'agit d'ailleurs d'une question qui est souvent posée. A mon sens, il y en a plusieurs :

- Ce type d'interface est très "immersive", ce qui signifie que l'utilisateur est extrêmement concentré sur ce qui s'y passe. A titre professionnel, cela signifie par exemple qu'une réunion virtuelle dans SL maintient les participants à un niveau de concentration beaucoup plus important que ce que l'on peut constater pendant une conférence téléphonique, où seule l'oreille est sollicitée.

- La reconstitution de décors et de personnages en 3D permet aussi de transmettre énormément d'informations (dites cognitives) qui ne passeraient pas nécessairement via une conférence téléphonique ou une session de Chat. Par exemple, si vous voyez deux avatars en train de discuter dans un angle de pièce, vous n'aurez pas forcément envie de les déranger. Autre exemple : si vous devez vous rendre dans une réunion et que vous voyez un groupe de personne attendre devant l'une des portes de la pièce où votre avatar se trouve, vous pouvez en déduire que votre réunion est peut-être bien à cet endroit. Pourtant, dans les deux cas, vous n'avez potentiellement pas d'information audio, mais seulement une image avec tout ce qu'elle véhicule comme information.

- l"échange émotionnel" qui existe entre un utilisateur et son avatar dans ce type d'univers (il faut l'expérimenter pour comprendre à quel point cela peut être fort) est aussi quelque chose de particulier qui peut être mis à contribution, par exemple dans des Serious Games.

- La capacité à reconstituer de nombreuses situations de la vie réelle, en particulier dans SL où l'on peut construire n'importe quoi pour un coût minime, peut permettre d'imaginer des formations internes, à moindre coûts puisque les participants peuvent rester à distance.

L'utilisation des univers virtuels dans un but professionnel ne me semble donc réellement pertinente que si la composante humaine et relationnelle est exploitée.

Voir aussi :

- Les stats économiques de Second Life :
















Par Fabrice Poiraud-Lambert
par Fabrice Poiraud-Lambert publié dans : Univers virtuels
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Dimanche 5 octobre 2008
Je suis tombé par hasard sur un exemple étonnant d'entreprise (3.0 ?) massivement éclatée, qui repose sur 20 000 collaborateurs en télétravail : LiveOps. Cette organisation américaine offre des services de CallCenter, mais avec très peu de ressources centralisées.

Selon leur site web, ce mode de fonctionnement offre des performances et des avantages très supérieurs à la norme de ce type de secteur, tout en offrant des revenus supérieurs aux agents, qui travaillent quand ils le souhaitent.

Nous voici donc typiquement dans une organisation basée sur les objectifs et non sur l'obligation de moyen (comme le temps de présence dans un bureau).
 

















Voir la vidéo de présentation, qui explique en détail comment les managers et des agents travaillent, via des outils accessibles à distance, qui permettent la formation, le monitoring, les communications (Chat,...), etc.

Par Fabrice Poiraud-Lambert
par Fabrice Poiraud-Lambert publié dans : Mgt - Grands principes
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Dimanche 5 octobre 2008
L'entreprise que nous connaissons aujourd'hui est parfois décrite sous le nom « d'Entreprise 1.0 », même si elle a beaucoup évolué depuis les 20 ou 30 dernières années. D'entreprise paternaliste où le patron et la hiérarchie étaient rois, l'entreprise s'est transformée sous l'effet de la globalisation pour devenir plus « étendue » (à ses clients, consommateurs et partenaires), plus matricielle (le poids de la hiérarchie s'est dilué pour donner plus d'importance à la mission, à l'interdépendance, à l'auto-coordination entre employés).


Illustration : Styles de management, du contrôle des tâches au contrôle stratégique
Inspiré de MINTZBERG & BENAVENT Christophe [1]
Les sociétés faisant face à des processus ou contextes changeants, passent souvent par différentes phases d'organisation interne. L'ajustement mutuel (ou auto-coordination) apparaît souvent lors de la création de l'organisation, puis à nouveau lorsque l'organisation devient tellement complexe que les autres modes de fonctionnement ne donnent plus satisfaction.

Pourtant, cette évolution de l'entreprise traditionnelle ne suffit pas, car elle ne répond pas assez aux aspirations nouvelles de ses collaborateurs, en particulier à celles des plus jeunes, à leur potentiel, à l'évolution de leur culture, et surtout à une accélération des changements du contexte global qui nécessite un démarche d'innovation accélérée et plus systématique. Or innover significativement est une posture particulière qui implique souvent un changement de style de management, une révolution interne et profonde des organisations et surtout des hommes.

L'entreprise 2.0 : du management traditionnel au management de la connaissance

Pour prendre en compte les nouveaux besoins exprimés, la vague du « 2.0 » s'est appliquée à l'entreprise, tout comme elle est apparue dans de nombreux autres domaines (Management 2.0, Relations Humaines 2.0, Recrutement 2.0, Formation 2.0,...).

La définition de l'entreprise 2.0 découle des avancées technologiques et sociales, elles-mêmes directement déduites des avancées du monde de l'internet (concept du WEB 2.0) ainsi que des nouveaux comportements des nouvelles générations (Génération Y, Génération G) qui arrivent sur le marché du travail avec des attentes et des habitudes souvent très différentes de celles des générations précédentes.

Andrew McAfee [2] a proposé une définition assez courte de l'entreprise 2.0 sous la forme de l'acronyme SLATES :
- Search : la possibilité de rechercher librement de l'information au sein de l'organisation facilite la réutilisation, le partage de connaissance et le ROI
- Links : utiliser les liens web pour construire les interconnexions au sein du contenu de l'entreprise, accessible en 24x7.
- Authorship : Permettre à chaque collaborateur d'avoir accès aux outils de l'entreprise 2.0 afin de générer du contenu
- Tags : Permettre une organisation individuelle, naturelle, non structurée et à la volée de l'information, afin que chacun puisse cartographier l'information simplement selon son mode de pensée, pour la retrouver et le recouper au plus vite. Les « tags » (mot-clés apposés librement sur le contenu) en deviennent alors l'outil principal.
- Extensions : Etendre la connaissance en permettant l'analyse des comportements et des activités des collaborateurs. Il ne s'agit pas ici de faciliter la surveillance des collaborateurs, mais bien de permettre à chacun d'identifier les expertises des autres, par exemple via la traçabilité des sujets abordés par chacun, du nombre d'interventions par sujet, etc.
- Signals : Rendre la consommation d'information efficiente en soulignant les changements, par exemple via les flux RSS.

Dion Hinchcliffe en donna par la suite une définition plus complexe, mettant plus l'accent sur la partie sociale (réseau social, relations non hiérarchiques,...) :


Cette vision de l'entreprise peut sembler très centrée sur les outils informatiques (ce qui est le cas), mais les apports de leur mise en œuvre sont résolument dédiés à l'amélioration de l'agilité. Les impacts qui en découlent touchent profondément le mode de fonctionnement des organisations, en changeant les relations humaines, le style de management, le mode de pensée des collaborateurs.

Ce concept « d'Entreprise 2.0 » n'est pour l'instant mis en œuvre que dans une minorité d'organisations, mais le cabinet de prospective Forester Research pronostique que le marché lié au développement de l'Entreprise 2.0 atteindra 4.6 milliards de dollars US en 2013 [3]

L'Entreprise 3.0 : Une vision à 5/10 ans pour une organisation de rupture ?

Une révolution annoncée
Alors que le concept d'Entreprise 2.0 peine encore aujourd'hui à pénétrer dans les organisations, prenons le pari que l'Entreprise 3.0 est déjà en gestation.

L'entreprise doit faire face à des contraintes de plus en plus fortes qui nécessitent qu'elle dépasse sa vitesse traditionnelle d'évolution. Elle est donc contrainte d'innover pour survivre, et pire encore, d'innover de manière radicale et très rapide, poussée par un marché qui peut se retourner en quelques mois. Il suffit de regarder l'évolution récente du marché de l'automobile, qui a pris de court les constructeurs : chute brutale des ventes de grosses cylindrées au profil des petites, pour contre-balancer la hausse du cours des carburants.

Ce besoin d'innovation impose donc de mieux capitaliser sur le gisement d'intelligence constitué par ses ressources humaines, ce que facilite l'Entreprise 2.0, mais aussi d'optimiser l'organisation de l'Entreprise et ses coûts.

La hausse des carburants n'a pas seulement pour effet de changer la nature du parc automobile, mais elle perturbe aussi l'activité économique au sens large en pénalisant certains secteurs (le transport routier, la pêche, et donc le coût final des biens de consommations en particulier lorsqu'ils nécessitent beaucoup de transport,...), mais aussi les ménages, qui voient leur budget « déplacement » augmenter sensiblement. Si les citadins des grandes villes peuvent partiellement palier à cet état de fait par une fréquentation plus importante des transports publics (+3% à 6% en France comme au USA), une grosse partie de la population a absolument besoin d'un véhicule pour se déplacer, ce qui crée des situations délicates avec parfois des solutions issues d'un passé lointain, comme ce centre Leclerc de St Nazaire qui a ainsi investi deux millions d'euros dans la construction d'un immeuble de logements dédié à son personnel, à proximité du magasin [4].

Les véhicules alternatifs économiques n'étant pas matures pour le moment, le problème reste globalement entier, même si des solutions se profilent pour 2009 ou 2010. L'évolution du climat et ses conséquences actuelles et futures commence aussi à entrer dans la conscience globale. Ceci commence à se répercuter sur le comportement des consommateurs et sur les normes (ne serait-ce que par l'apparition des mesures et de l'affichage systématiques de la production de CO2, qu'il s'agisse de véhicules ou de manifestations sportives). Le consommateur commence donc activement à privilégier les solutions les moins polluantes.

Ajoutons à cela les besoins exprimés par les nouvelles générations en termes de qualité de vie, et nous obtenons un besoin global qui ne cessera de grandir pour une transformation des organisations.

Le Télétravail : une solution ?

Il n'y a que 7,4% de télétravailleurs en France (contre 15% en moyenne en Europe du Nord [5] et 25% aux USA [6]), dont 5,4% en nomade et 2% à domicile [7], malgré l'implication des partenaires sociaux pour augmenter leur nombre.

 Pourtant, les entreprises qui l'ont expérimenté énumèrent tous les avantages associés :
- Amélioration de la qualité de vie des salariés (selon les étude, 46% [8] à 60 % [9] des salariés en rêvent),
- Economies réalisées pour les collaborateurs (à minima sur les transports) et pour les entreprises (par exemple sur les surfaces de bureaux nécessaires),
- Productivité augmentée de 20% [10],
- Plus de motivation et moins de stress,
- Compétitivité accrue via une augmentation de la flexibilité,
- Attractivité renforcée de l'entreprise, voire sauvegarde de l'emploi,
- Allègement des charges fixes, réduction de la pollution,
- etc.

Si certaines sociétés culturellement plus en pointe comme Cisco, Sun (50% de collaborateurs sans bureau), IBM, ou Intel (80% de télétravailleurs [11]) axent résolument leur organisation autour du télétravail, tandis que d'autres l'explorent (tels France Télécom ou EDF), elles ne représentent donc encore qu'une minorité. Les sénateurs voient aussi dans le Télétravail une solution pour faciliter le repeuplement des campagnes [12], et permettre à tous de trouver un emploi sans avoir besoin de se rapprocher des villes.

Caractéristiques des télétravailleurs par rapport aux travailleurs :

 

Pour les télétravailleurs

Pour l'ensemble des salariés

Caractéristiques

Fixes à domicile

Alternants à domicile

Nomades

Maîtrise des horaires

53%

61%

33%

10%

Travail de nuit (occasionnel ou régulier)

39%

69%

42%

30%

Travail le WE (occasionnel ou régulier)

73%

79%

61%

56%

Contrat précaires

10%

10%

7%

13%

Possibilité de promotion

45%

56%

56%

39%

Formation au cours des 12 mois

43%

40%

47%

28%

Rencontres collègues hors du travail

51%

63%

54%

52%

(part des salariés concernés, source : INSEE, Enquête PCV 1999-2003, calculs DARES)


Jusqu'ici, les freins explicites au télétravail en France étaient principalement :
- d'ordre juridique (besoin de contrats adaptés, nécessité d'avoir un espace dédié chez soit,...),
- psychologique (« loin des yeux, loin du cœur »)
- ou technologique (faible connexion des foyers à l'internet, faible équipement des ménages,...). Avec plus de 50% des foyers français connectés à l'internet haut débit, le frein technologique n'existe plus guère sous cette forme.

Cependant, une observation plus approfondie des organisations montre qu'il existe d'autres freins :
- Un frein managérial très culturel en France : les managers perçoivent la distance comme une perte de contrôle [13]. Palier à cela avec des moyens traditionnels implique une remise en cause des modes de management et la mise en place d'une relation plus formelle avec des objectifs et des délais précis, des réunions physiques ou téléphoniques régulières et prévues à l'avance, etc. le tout afin de rassurer le management sur la productivité des collaborateurs distants. Mais les manager français ne souhaitent guère ajouter une complexité supplémentaire à leur quotidien, ce dont on ne peut pas les blâmer.
- Le manque de lieux de « socialisation » (télécentres ou espaces de « co-working »), permettant aux télétravailleurs de se regrouper, de partager hors de leurs domiciles, d'accéder à des équipements technologiques avancés (téléprésence,...).

Si le télétravail semble clairement pouvoir aider les organisations à faire face à leurs challenges en répondant aux aspirations de leurs collaborateurs, cela concerne cependant plus particulièrement les postes de ceux dont la présence sur site n'est pas incontournable.

Des technologies émergentes pour l'Entreprise de demain

L'entreprise doit s'adapter, en tenant compte de contraintes parfois contradictoires. La collaboration électronique est née des besoins entre acteurs distants.

La technologie permet déjà de combler certains problèmes liés à cet éloignement :
- pouvoir se parler (téléphone)
- pouvoir se voir, si possible en vrai et en vraie grandeur (téléprésence, avatars)
- pouvoir partager visuellement des informations en temps réel (partage d'application à distance, web conférence)

Dans certains cas, il ne s'agit que de quelques mois avant que nous ayons la possibilité de répondre à certains besoins comme :
- pouvoir se déplacer physiquement, à plusieurs (dans un univers virtuel par exemple)
- pouvoir toucher les autres ou des objets (au sens premier aussi)

Cependant, les plus extravertis d'entre nous resteront encore longtemps frustrés de ne pas pouvoir utiliser certains de leurs sens, comme l'odorat, importants pour interagir complètement avec d'autres.

Comment définir l'Entreprise (3.0) de demain ?

Si l'Entreprise 2.0 a pour objectif de tisser des liens sociaux et de donner accès à la connaissance, afin de faciliter l'innovation et l'intelligence collective, la révolution de l'Entreprise 3.0 pourrait bien se placer sur le terrain de la collaboration à distance entre les hommes et de leur mode de fonctionnement professionnel au quotidien...

L'entreprise 3.0 serait donc une organisation :
- Qui a intégré les principes de l'Entreprise 2.0, et qui assume sa nature communicante.
- Qui assume les évolutions technologiques et les aspirations de ses collaborateurs à un rythme en phase avec les avancées, en particulier en mettant massivement en place du Télétravail 2.0 largement assisté par les technologies actuellement émergentes
. Ces technologies (univers virtuels, téléprésence, ...) apportent des solutions innovantes qui, en permettant un rapprochement virtuel des collaborateurs, favoriseront le télétravail en simplifiant les relations transversales et hiérarchiques.
- Qui, éclatée sur une large zone géographique, prend en compte le développement durable et les nouvelles contraintes pour réduire ses coûts tout en augmentant le bien-être de ses collaborateurs.

En privilégiant les relations plus ou moins formelles entre acteurs, indépendamment des hiérarchies, le concept d'Entreprise 2.0 constitue cependant une base utile et nécessaire pour le développement de l'Entreprise 3.0 car :
- Il favorise l'accès à l'information indépendamment des relations interpersonnelles physiques
- Il permet de constituer de vastes réseaux relationnels internes, réseaux qui, tels Viadeo ou Facebook, ne nécessitent pas nécessairement de rencontres physiques pour se mettre en place.

Au passage, une petite vidéo d'interviews à propos du "bureau de demain", trouvée sur Moovement : Il est intéressant de constater que cette vision d'une entreprise 3.0 éclatée et servie par la technologie est partagée par certains acteurs de cette vidéo :



Par Fabrice Poiraud-Lambert


Bibliographie :
[1] BENAVENT Eric (2005), "PME & NTIC",
[2] Fred Cavazza (2007), « Une nouvelle définition de l'Entreprise 2.0 »,
[3] Forester Research (2008), « L'Entreprise 2.0 : un business de 4.6 milliards de $ en 2013 »,
[4] Europe1 (2008), «Un patron de grande surface va loger ses salariés »,
[5],
[12], [13] Libération.fr (2008), « Le travail n'a pas la santé »,
[6] 01net.com (2008), « Le Télétravail ne décolle pas en France »,
[7] Journal Du Net (2008), « Télétravail, un concept en quête de formalisme »,
[8] CSA (2005)
[9] ANACT (2008), « Le télétravail au secours de la planète »,
[10] Selon l'Agence Nationale pour l'Amélioration des Conditions de Travail (ANACT)
[11] 01net.com (2008), « Le Télétravail ne décolle pas en France »,

par Fabrice Poiraud-Lambert publié dans : Mgt - Grands principes
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